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Sig Melvin est un militaire étranger d’origine haïtienne. Il était de passage en Haïti entre mai et juin de cette année dans le cadre de ses vacances. En exclusivité, Haitiz-News vous propose 9 de ses  profondes observations.

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Du haut de l’Observatoire, on observe la baie de Port-au-Prince. De tel lieu, les poètes obsédés de la nuit, la mer, des lieux publics, et de la vigueur du bondage humain pourraient y déballer leur hémorragie du verbe. Dans le temps, les bavards et les noctambules ne sommeillaient point et il fallait de la bonne provision pour les gorges assoiffées, les ventres affamés, les âmes folles de la nuit. De la provision pour riches et pauvres qui, à leur aise, dansaient sous la belle étoile.

Il y avait les lampadaires des rues qui absorbaient les flammes de la cuisson. Il y avait aussi un Lobo qui criait des poèmes à tout bout de champ aux oreilles de ceux qui savaient décoder les lettres et qui ne savaient qu’écouter. Le gens s’entremêlaient au son du compas, du troubadour, et des petites rencontres spontanées. Il y avait le clairin, la jovialité, l’extension d’un humain à l’autre – toute une complicité avec l’existence.

La nuit au ciel ouvert fut un bien judicieux, légitime, et universel. Dans son élégance, on pouvait devenir son propre avatar. On pouvait se projeter sous les étoiles et renouer avec ses plus beaux rêves dans son espace de dépassement. On pouvait se retrouver sous la lumière de la lune, se renaitre dans sa marche solitaire, et rattacher son calme à celui de la nuit. La nuit offrait tout à sa guise.

Les nuits à l’Haïtienne, que l’on veille ou non, produisaient l’euphorie. L’on espérait danser les heures longues ou boire à sa soif - rien ne surpassait l’envie de partir à la recherche de ses secrets. Aujourd’hui les attentes comme les rêves voyagent dans une prétention inouïe. Il y a ceux qui dansent, qui sont admises aux boites à dollars, qui ne s’ennuient de l’insécurité, qui éteignent leurs lampes à leur guise. Il y a aussi ceux qui campent leurs affaires dans tous les recoins, qui ne s’adressent qu’à leur effroi, qui ne dansent que pour attirer des clients. Une décantation dans les fins.

Mettons à l’évidence l’anoesis de la nuit. D’une nuit à n’importe quelle autre, les nantis dansent dans la peur des pauvres et les pauvres campent devant les portes des nantis. Leur bonheur à eux se perd au point de lance. Aussi bien que l’idéal de la nuit.

A vrai dire, l’inconfort social, les grossièretés, l’exclusion sociale, la pauvreté, l’insécurité, se sont emparés de la nuit. La vraie peur est que l’électricité promise ne pourra rallumer l’indulgence et clémence qui furent. Il faut de la lumière sur la baie de l’évidence, sur les disparités, et sur les rapports avec les autres. Du haut de l’observatoire, j’attends l’électricité promise pour voir la ville. Mais qu’est ce que tout cela changera du malaise humain?