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Sig Melvin est un militaire étranger d’origine haïtienne. Il était de passage en Haïti entre mai et juin de cette année dans le cadre de ses vacances. En exclusivité, Haitiz-News vous propose 9 de ses  profondes observations.

 

4/9

 

Les experts se réfèrent continuellement aux données statistiques pour guider leurs décisions et leurs projections. Une pratique, si bien maitrisée et valide, est entre autres, plus fiable pour mesurer les activités d’un système, d’une approche, ou d’un modèle. Se référant aux données provenant d’Haïti, on dirait que le pays est sur une bonne pente. La réalité est que, devant les grivoiseries du système, on ne fait que mentir à travers les statistiques.

Plein d’exemples de déception. Si on croit le profil sanitaire d’Haïti, on pourrait crier de ses gorges que le système aurait accumulé de grands progrès. Du coup, on deviendrait un fieffé menteur. Il y a bien des raisons de croire que les données sur l’économie, la santé, et l’éducation ne sont que des produits d’un trafic illicite d’intelligence. Les évidences d’écart entre la réalité et les données sont trop signifiantes pour les ignorer. Quand on produit des services qui ne se paient pas, des hôpitaux qui ne fonctionnent pas, ou des écoles incapables de salarier professeur Jojo, on digresse. Donc, comment peut-on arriver à expliquer les célébrations de progrès? Neutraliser les déficits d’une société à travers des solutions individuelles ne constitue en rien une solution systémique.

Qu’on devienne moins incrédule et plus honnête, Haïti a eu sa chance de réorienter sa marche et de niveler la pente après le tremblement de terre comme bien des pays l’ont réussi à la suite d’évènements majeurs de leur histoire. Au lieu de s’engager à transformer le système par les voies académiques, professionnelles et une révolution des pratiques, on a pérennisé à cultiver un défaut d’éthique qui pousse à tromper les moins avisés, à toujours trouver un bouc émissaire aux malheurs, à culpabiliser les bailleurs de n’avoir pas respecté leurs promesses – sans ses promesses à soi. Quelle indécence!

A l’ironie de la conception suicidaire de développement en vogue, on peut lier une apparence de progrès.  Beaucoup de dollars circulent dans le pays, des bagnoles neuves, des affaires qui pullulent, des restaurants aux menus occidentaux dans tous les coins huppés – des biens et services pour qui peut payer. Ces bruits de fonds de l’économie ne sauraient être des indicateurs de croissance ou de développement humain. Qu’on se renvoie à la dichotomie insolente - si ce n’est point la dictature, c’est donc l’oligarchie économique, un plus riche ou un nouveau pauvre, le soutien de l’etranger ou on meurt.   

A défaut d’une colère sociale et collective, je porte en moi une colère citoyenne face au mépris de la logique, du bons sens, du développement collectif, et des modèles de succès applicables en Haïti. Parce qu’un beau jour, les bailleurs finiront par fermer leurs portes sur la faim pour prioriser les efforts dans les domaines des changements climatiques. Ils fermeront leurs hôpitaux, leurs boites de myriades désignations et s’envoler vers de nouveaux cieux. Ils se révolteront contre l’insuffisance de l’Etat, le désengagement des intellectuels, et les maudites courses à l’enrichissement contre l’antipathique regard vers les misères des masses. Ils seront aussi fatigués de leur propre hypocrisie à ne rien faire. En tel moment, on fera doucement nos propres morts.